Blog

Formulaire de recherche

Le 1er gouvernement rwandais du 26 octobre 1960

L'émérgence d'un gouvernement provisoire sous la tutelle belge

Alors que le Rwanda est encore sous tutelle belge, les activités datées du PARMEHUTU et de l’APROSOMA[1] laissent percevoir comment le Rwanda a évolué vers l’installation de son 1er Conseil législatif et son 1er gouvernement provisoires, le 26 octobre 1960.

Les leaders hutu s’adressent au mwami Ndahindurwa I, roi du Rwanda.

En effet, en date du 7/08/1959, le comité central du MSM (Mouvement social Muhutu) composé de Kayibanda Grégoire (président général), Niyonzima Maximillien (Vice-président général) Mulindahabi Calliope (Secrétaire général) et de Sibomana Joseph (Trésorier général) a adressé au Mwami, le roi du Rwanda Ndahindurwa I, une requête[2] qui demandait que :

  1. soit aboli des ibikingi (soit une réforme de la propriété foncière qui supprime la propriété des pâturages) ;
  2. soit aboli les chefferies pour instituer les organes communaux qui faciliteraient les élections envisagées (à cette époque);
  3. que les communes soit hiérarchiquement dépendantes des Territoires toutes soumises à une seule et unique Capitale du pays.
  4. que toutes les « autorités coutumières » contestées soient démises de leurs fonctions ;
  5. que le pouvoir judiciaire soit reformé et organisé en 4 niveaux commune, secteur, territoire et parquet général ;
  6. que les cours de justice ne soient jamais mono-ethniques, ni hutu ou tutsi seuls ;
  7. que les autorités locales soient élues parmi les natifs originaires de leurs communes respectives.

A cette même date du 7/08/1959, le comité territorial MSM de Ruhengeri composé de Bicamumpaka Balthazar (Président), Mpakaniye Lazare (Vice-président), Nkiranuye Callioppe (Trésorier) et Ndabagumiye Thadée (Secrétaire), adressait également les mêmes revendications dans une lettre-requête au Mwami Ndahindurwa.

Le 9/10/1959, le Parti MSM devenu « Mouvement de l’Emancipation Hutu » PARMEHUTU (Umutwe urenganura abahutu), trois semaines avant la « Toussaint Rwandaise », déclare dans le chapitre premier de son manifeste-programme relatif à sa politique précisait en son point A : « Organisation du pouvoir exécutif dans le régime démocratique poursuivi » ce qui suit : nous voulons l’instauration de la hiérarchie suivante depuis l’échelon inférieur jusqu’à l’échelon supérieur : 1. Préfet communal autochtone; 2. Chef de Territoire belge et 3 ; Résident du Rwanda belge, chacun de ces 2 derniers assistés d’un adjoint autochtone ruandais à initier à l’exercice de ces fonctions. On le voit, dans l’organisation proposée, l’indépendance du pays était absolument subordonnée à l’émancipation de la masse qui jusque là ployait sous le joug de l’UBUHAKE  « servage) et de l’akazi (corvée) qu’imposait le pouvoir féodal tusti à la masse hutu. C’est pourquoi le parti PARMEHUTU affirmait « qu’il ne sera tranché que par un referendum populaire … organisé dans tout le pays au suffrage universel direct sous la direction et le contrôle d’une délégation de l’ONU »[3].

L’UNAR, le parti du Mwami perdit les élections communales de juillet 1960.

Dans un supplément à « Jya mbere » (édité par Gr. Kayibanda) n° 5 du 3/01/1960, la prise de position du Mouvement de l’émancipation hutu invitait « respectueusement l’Autorité du mwami à prendre toutes les mesures pour ne pas être confondu avec le parti UNAR ou avec quelque autre… » tout en réaffirmant vouloir « soumettre en dernier ressort la question de l’indépendance au REFERENDUM. – Et ce sous la tutelle de la Belgique qui a solennellement déclaré ne pas vouloir refuser l’indépendance de ce pays »[4].

Le 08/05/1960, le Comité national de ce qui est désormais devenu Mouvement démocratique Républicain (MDR) PARMEHUTU dirigé par Grégoire Kayibanda (président) B. Bicamumpaka, J. Sagahutu, J. Rwasibo (vice-présidents),  Cl. Ndahayo (Secrétaire) et M. Niyonzima (Conseiller) réaffirmaient dans une lettre à tous les anticolonialistes du monde que « l’indépendance doit être donné au peuple et non aux autres colonialistes »[5] (i.e. les féodo-monarchistes). 

Le 6/06/1960, le MDR Parmehutu déclara que « Quant à l’indépendance du Ruanda …, l’indépendance du peuple hutu vis-à-vis du colonialisme féodal TUTSI , nous la déclarons COMME FAIT ACQUIS, à partir de la signature de l’acte de la Tutelle conférant au Résident civil spécial et au Collège exécutif, y compris les attributions précédemment accaparés par le chef de la caste TUTSI, le Mwami »[6].

Fin juin 1960, le roi partit en mission à Kinshasa (ex-Léopoldville) assister aux festivités marquant l’indépendance du Congo et ne reviendra plus au Rwanda. Lors de son périple à l’étranger, il tenta de « négocier une éventuelle réorganisation des élections communales, ce que la Belgique n'accepta pas ». L’absence prolongée du roi permit l’accélération de sa possible destitution.

Le 04/09/1960, réuni en Congrès National auquel ont participé 350 délégués venus de tous les 10 territoires du pays, le MDR PARMEHUTU consolida sa position de leader, car il venait de gagner haut la main les élections communales de juillet 1960 dans lesquelles il avait obtenu « 72% des sièges »[7]. Fort de ce résultat, le parti réclamait la démission immédiate du mwami (roi), « chef féodal et colonial » et « l’abolition légale et définitive de l’institution féodo-coloniale tutsi sur les populations rwandaises : celles-ci veulent la libération … A défaut – regrettable – d’élections immédiates, le congrès demande que le conseil supérieur spécial actuel soit IMMEDIATEMENT élargi ; exige, et ce sur base des résultats des élections communales de juillet, une rapide et démocratique africanisation des cadres » [8].

Le 1er gouvernement rwandais proclamé le 26/10/1960

C’est dans ce contexte que le 1er gouvernement rwandais a été proclamé le 26 octobre 1960 dans l’immeuble de l’ancienne Cour d’Appel de Kigali qui abritait en ce moment le « Cercle des évolués du Rwanda ». C’est là que Gitera Habyalimana Joseph qui présidait le Conseil législatif reçut le serment de Grégoire Kayibanda Grégoire, nommé 1er ministre du gouvernement provisoire qu’il forma séance tenante et qui avait en ses rangs, des belges comme ministres. Un des bourgmestres nouvellement élu et présent à cette séance se souvient: "Rutsindintwarane qui était présent en tant que représentant du parti UNAR déclara : nous venons d’assister à la proclamation du « programme d’un gouvernement sans programme".  

Archives Pochet, 27.10.2013


[1] Marcel POCHET, Rétrospective, le problème rwandais 1952-1962. série 1, Vol. 2 Dossier 2 et 3, Aprosoma et Parmehutu, Ed. Source du Nil, 2013 pp. 226-287

[2] op.cit. p. 226

[3] ibidem, p. 237

[4] ibidem p. 244

[5] ibidem p. 254

[6] ibidem p. 259

[7] ibidem p. 262 et p. 264 : Parmehutu 72%, Aprosoma 7%, UNAR 1%, autres dont le Rader et listes indépendants 20%.

[8] Ibidem p. 262-263

À propos webmaster