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Mandela lègue Ubuntu à l'humanité: "vérité et réconciliation".

10/12/2013: Archives d'Afrique Centrale: Aujourd'hui, toute la presse mondiale rend hommage et à juste titre à Papa Mandela, le grand combattant pour la liberté, la vérité et la réconciliation. Sortie de prison, l'homme était converti aux plus grandes valeurs de la vie en respectant surtout celle de l'autre. Sorti de prison et monté au pouvoir de son pays, il a oeuvré pour éviter d'y renvoyer ceux qui l'y avaient reclu pendant 27 ans. Il a été d'une grande magnanimité qu'il exprimait par une bonté toute naturelle et à l'égard de tous, même à ses juges iniques et ses bourreaux. Ceux qui avaient soutenu l'Apartheid se retrouvent aujourd'hui aux premières loges pour lui rendre hommage. S'ils pouvaient recevoir pour eux ce voeu: "Que les dirigeants de ce monde qui se précipitent à son enterrement apprennent de lui que «vérité et réconciliation » peuvent devenir une autre forme de justice réconciliatrice dont les peuples qui se déchirent ont tant besoin".

Nous vous proposons cet article qui définit le concept d'Ubuntu que nous considérons être le plus grand legs de Mandela à l'humanité.

Bruxelles, 06.12.2013 : Nelson Rolihlahla Mandela, dont le nom du clan tribal est «Madiba», né le 18 juillet 1918 à Mvezo et mort le 5 décembre 2013 à Johannesburg.

Ubuntu est une philosophie bantu, un concept de la bonté, la gratuité et la miséricorde, toutes réunies en une seule forme d'humanité humaniste.

Mandela, contemporain de Martin Luther King et né sur une terre où Ghandhi a vécu.

 Madiba aura marqué son temps et le XXème siècle se souviendra d’un homme qui aura lié son sort à celui du Mahatma Ghandi[1] et de Martin Luther King[2]. Les 3 hommes se retrouvent sur le terrain de la lutte pour la liberté et la justice réconciliatrice. On peut même affirmer que Ghandi inspire les 2 autres qui luttent pour une même cause, Mandela en Afrique et Luther King en Amérique : redonner vie et dignité à l’homme noir.

Comme Martin Luther King aux Etats-Unis, Nelson Mandela engage la lutte contre la ségrégation raciale en Afrique du Sud, le pays où a vécu et appris Mahatma Ghandi sa lutte pour les droits civils avant de regagner son Inde natal en 1915 pour y conduire, par sa célèbre marche du sel, une lutte non-violente.

En 1944, Nelson Mandela adhère à l’ANC (African National Congess) et s’engage ainsi dans la lutte contre le racisme que subissent les noirs. Devenu avocat, il reste maître de son destin en optant pour la non-violence. Mais en 1948, le pouvoir blanc durcit le ton et vote les lois de l’Apartheid.

 La formation ANC sera interdite en 1960 par l’impitoyable apartheid. Devant l’inflexibilité du régime soutenu par plusieurs puissances du monde communément appelées « Communauté Internationale», Mandela décide de lutter par les armes contre ce régime qui prône la suprématie blanche et prendra la tête de l’Umkhoto we Sizwe[3] en 1961. Mais très vite, le 12 juillet 1962, la CIA américaine va aider le pouvoir  de l’Apartheid à arrêter Mandela. Co-responsable de sa condamnation à la prison et aux travaux forcés à perpétuité lors du procès de Rivonia[4], espérons que les Etats-unis sont co-responsable de sa libération.

Un ex-bagnard devenu adepte du concept UBUNTU

Après vingt-sept années d'emprisonnement, forcé à casser les cailloux, isolé des siens et de son mouvement l’ANC, Nelson Mandela n’a pas lâché la direction de son destin. Il est devenu un ermite réconcilié avec lui-même, avec ceux qui partagent sa condition d’exclu et avec ses oppresseurs. Il a muri sa voie de justice et de réconciliation, l’UBUNTU[5]. Ubuntu est un concept philosophique bantou vulgarisé et théorisé par Nelson MANDELA et Desmond TUTU. L'Ubuntu consiste en une attitude de la bonté, de gratuité et de miséricorde, toutes réunies en une seule forme d'humanité humaniste.

Mandela, Prix Nobel de la paix, héros d'ubuntu, de vérité et de réconciliation

C’est avec ce haut niveau d’humanisme que Mandela est sorti de prison le 11 février 1990. Il était déjà devenu le symbole de la lutte pour l'égalité raciale et désormais pour l’Afrique du Sud, le vent qui soufflera sur la « communauté internationale » va changer de vitesse et de direction. Mandela engagera l’ANC à accepter de négocier et no lutter avec l’Apartheid. Il va se soi que le pouvoir d’Apartheid adoucit son ton et accepte aussi qu’un changement soit possible. C’est au terme de ces négociations pour la paix et la réconciliation et non pour une justice punitive, que Frederick de Klerk cédera en 1994 le pouvoir à l’ancien bagnard qui devient ainsi le père de la nation arc-en-ciel. Le prix Nobel de la Paix viendra comme un mea culpa de cette communauté internationale qui souvent soutient les pires dictatures par des injustices politiques et judiciaires.

Mais le seul hommage qui vaille pour cet homme qui fut un vrai « humain », c’est accepter d’ériger son patrimoine d’UBUNTU en une autre forme de justice possible pour les pays qui connaissent les conflits, et arrêter avec les parodies de justices internationales qui n’ont jamais apporté de paix dans aucun pays du monde où elles ont officié. Les cas les plus récents depuis la libération de Nelson Mandela en 1990 sont la Bosnie Herzegovine, Israel-Palestine, le Rwanda, la Sierra-Leonne et la Côte d’Ivoire. Pourquoi la Communauté internationale a peur de la Commission vérité et réconciliation, ce tribunal juste où la justice est déclinée en 2 mots, « Vérité et réconciliation » ? Par ce que tous les oppresseurs du monde ont peur de la vérité. Oui, on n’a jamais vu le CIA se précipiter à la « Commission vérité et réconciliation » pour demander pardon à Mandela qu’elle a trahi. La CIA, service respectable d’un Etat démocratique n'a pas eu le courage de demander pardon à ce hérons de la "vérité, de la réconciliation", et de l'humilité. Mais tout n’est pas perdu, car la commission vérité et réconciliation fut la seule forme de justice réconciliatrice jamais expérimentée et réalisée dans le monde à l'échèle d'un Etat. Elle a eu le mérite de faire comparaître sans menottes à la main ni fourgons de police, les victimes et les ex- dirigeants d’un pouvoir et d’une justice injuste d’un pays ségrégationniste devenu démocratique.

A Mandela, aujourd’hui, le monde entier rend hommage.

Qu’il inspire tous les opprimés du monde entier à se nourrir d’Ubuntu. Que les dirigeants de ce monde qui se précipitent à son enterrement apprennent de lui que «vérité et réconciliation » peuvent devenir une autre forme de justice réconciliatrice dont les peuples qui se déchirent ont tant besoin.

Twibuke Mandela, twifuliza abantu bose d’ibuntu kugira ubuntu - Honorons la mémoire de Mandela en souhaitant à tous les hommes de toute l’humanité d’embrasser un humanisme généreux qui pardonne et réconcilie les hommes de toute la terre.

Dr Eugène Rwamucyo, 06.12.2013


[1] Mohandas Karamchand Gandhi né à Porbandar (Gujarat) le 2 octobre 1869 et mort à Delhi le 30 janvier 1948

[2] Martin Luther King : pasteur baptiste afro-américain né à Atlanta (Géorgie) le 15 janvier 1929 et mort assassiné le 4 avril 1968.

[3] Umkhoto we sizwe (ou MK), traduit en français par « fer de lance de la nation » était la branche militaire du Congrès national africain d'Afrique du Sud qui agissait en collaboration avec le parti communiste d'Afrique du Sud contre le régime

[4] Le procès de Rivonia eut lieu entre octobre 1963 et juin 1964 en Afrique du Sud devant la haute cour du Transvaal. Il impliquait une dizaine de dirigeants d’Umkhonto we Sizwe, branche militaire du Congrès national africain (ANC), jugés pour 221 actes de sabotage. Ces dirigeants étaient Nelson Mandela, Walter Sisulu, Ahmed Kathrada, Govan Mbeki, Dennis Goldberg, Raymon Mhlaba, Lionel Bernstein, James Kantor, Elias Motsoaledi et Andrew Mlangeni. Les faits reprochés sont : sabotage, destruction de biens (tous deux passibles de la peine de mort), violation de la loi sur l’interdiction du communisme. Le 12 juin 1964, Mandela, Sisulu, Mbeki, Motsoaledi, Mlangeni, et Goldberg sont finalement reconnus coupables et condamnés à la prison à vie.

[5] « Quelqu'un d'ubuntu est ouvert et disponible pour les autres, dévoué aux autres, ne se sent pas menacé parce que les autres sont capables et bons car il ou elle possède sa propre estime de soi — qui vient de la connaissance qu'il ou elle a d'appartenir à quelque chose de plus grand — et qu'il ou elle est diminué quand les autres sont diminués ou humiliés, quand les autres sont torturés ou opprimés. » Desmond Tutu

 

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