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Marcel Pochet: 3 ans de souvenirs et de mémoire

Photo: Kigeri au début de son court règne, accompagné de Jean-Paul Harroy, vice-gouverneur général du Rwanda-Burundi et Marcel Pochet, conseiller belge du roi.

Marcel Pochet (12/08/1921 - 18/01/2013),  reste un homme inoubliable par l'histoire du Rwanda à laquelle il est intimement lié, car il en est un grand témoin privilégié en sa qualité de dernier Conseiller du Mwami MUTARA Rudahigwa et KIGELI V Ndahindurwa. En plus, à sa rentrée en Belgique, il fut un haut fonctionnaire du Ministère des Affaires Etrangères du Royaume de Belgique. Qui l'amenait à garder le lien avec les anciens colonies belges en Afrique centrale que sont le Congo, le Burundi et le Rwanda.

Message de Louis Jaspers 24.01.2013

Chers Amis, je vous félicite pour avoir organisé cette séance d'hommages à mon ami Marcel Pochet. Je ne puis pas être des vôtres, je dois participer  aujourd'hui aux Voeux de certaines municipalités de mon ancienne juridiction, mais je serai en pensées avec vous.

La disparition de mon collègue et ami Marcel Pochet rappelle des souvenirs:

1) le plus ancien date de janvier 1953: AT arrivé à Kibungo en avril 1952, à la création du Territoire de Kibuye,  j'y fus nommé premier Assistant de l'AT Reisdorff. Lors de ma mutation de Kibungo à Kibuye, fin janvier 1953,  je dus m'arrêter  à Ruhengeri chez l'ATA Pochet pour que celui-ci m'introduise dans la connaissance des arcanes de la comptabilité des CAC (Caisses Administratives des Chefferies) car à Kibuye nous devions commencer à zero.

Marcel Pochet et son épouse me reçurent cordialement dans leur maison, typique des dons artistiques de l'épouse comme de Marcel.

2) Plus tard, en 1957/58 , lui administrateur d'Astrida et moi de Nyanza, nous avons travaillé ensemble pour le développement des paysannats du Mayaga. Une Commission commune se réunissait mensuellement et nous en assurions alternativement la présidence. Marcel Pochet m'a beaucoup appris à ces réunions; nous y avons aussi connu quelques divergences de vue mais j'admets et j'admirais son remarquable esprit de synthèse et sa capacité de trouver des formules.

3) Enfin, Directeur Général à la Coopération, il est venu en inspection en TANZANIE, ou j'étais ambassadeur, en 1985 je crois, et en semble nous avons retrouvé la complicité d'antan pour apprécier les réalisations de la Coopération belge en Tanzanie. Il m'en reste un récit amusé de son voyage en Train Impérial' de Dar es Salam à Kigoma. Je m'arrête là car en ce moment il m'arrive bien plus de souvenirs de cet homme d'action.

Louis Jaspers, Commissaire de District honoraire

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Message de Gus MOMBAERTS24.01.2013

Il était déjà tard dans la soirée quand, voyant encore de la lumière, M.et Mme Pochet, chacun une fillette sur le bras, entraient dans le local où le personnel du Territoire de Gitarama échangeait les dernières informations sur l'évolution des mouvements révolutionnaires d'une part, et de restauration d'autre part, dans le Marangara et le Rukoma. Eux aussi voulaient s'informer au mieux. M. Pochet était à l'époque Conseller du Mwami Kigeri Ndahindurwa, et suivait pour la Tutelle les débats au sein du Conseil Supérieur du Pays.

De passage à Gitarama il prenait facilement contact avec Grégoire Kayibanda, dont la maison se trouvait en contrebas de la Mission de Kabgayi, en vis-à-vis de la résidence de l'ex-Reine-Mère à Shyogwe. Marcel Pochet était bien au courant de ce qui se tramait au niveau politique intérieur. Il avait pu mesurer la profondeur du problème majeur: la féodalité vachère  de plus en plus insupportable pour la masse paysanne, et exacerbée par l'exiguïté croissante des terres disponibles. La démocratisation progressive s'imposait. Elle était réclamée par les uns, refusée ou sabotée par les autres. Au sein du Conseil Supérieur du Pays aucun progrès en vue. 

Il n'est donc pas étonnant que Marcel Pochet ait été proposé par le Résident Militaire Logiest, en entente avec Grégoire Kayibanda, devenu Chef de Gouvernement pendant la période de l'Autonomie Interne, pour aller défendre la politique pré-indépendance de la Tutelle Belge devant le Conseil de Tutelle de l'ONU à New York.

Et puis Marcel Pochet a été rappelé à Bruxelles pour mettre son épaule en dessous de la création de l'Administration Générale de la Coopération au Développement. C'est là que beaucoup de rwandais l'ont rencontré comme boursiers, et qu'il a tenu contact avec les réalités rwandaises. Le Président Kayibanda continuait à lui donner entière confiance.

Depuis 1976 j'ai eu l'avantage et le plaisir de devenir son collaborateur, et plus tard, déjà pensionné il est devenu notre collaborateur au sein du cabinet du Ministre de la Coopération André Geens. 

Nous sommes restés amis, et les évènements dramatiques qui ont bouleversé le Rwanda nous ont rapprochés davantage. Nous avions une lecture très comparable de la catastrophe qui s'est produite, et une analyse très semblable des développements ultérieurs.

Marcel Pochet était offusqué de voir combien la vérité historique des évènements de 1990-1994 était sciemment niée. Il ne pouvait l'admettre, et il en a fait son combat. Comme il le disait lui-même : "c'est mon obstination d'aider à rétablir la vérité".

Alors il a sorti son arme personnelle. Il s'est replongé dans ses archives de Conseiller du Mwami, du Conseil supérieur du Pays, et de haut fonctionnaire de la Tutelle belge, et avec l'aide précieuse et volontaire de Gaudencia, de  Claudia et d'autres, il les a regroupées en huit volumes et rendu public ; pour que personne ne puisse ignorer. 

Non Marcel, vous ne serez plus jamais mort !

Gus MOMBAERTS

 

Nous ne l'oublierons pas.

"Il ne faut pas laisser l'oubli prendre la place de l'histoire" disait Fr. Mitterand, ... "ni laisser une histoire falsifiée s'installer à la place de l'histoire réelle" ajoutait Marcel Pochet.

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Archives Pochet, 20.01.2016

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