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Marcel POCHET: In memoriam. Un an déjà.

Bruxelles, 18.01.2014 : Un a déjà que Marcel Pochet (1921-2013) nous a quitté. Sans lui, beaucoup de ses amis sont orphelins d'un père attentif, attentionné et sensible à la tragédie des Grands lacs africains.

Lors des absoutes à Rochehaut-sur-Semois, le 24 janvier 2013, sa fille Christine Pochet a dit : Que dire d’un père, de mon père qui me soit propre. Dans son livre, Le Trésor des Humbles, Maurice Maeterlinck écrit : « Nous ne nous connaissons pas encore, m’écrivait quelqu’un que j’aimais entre tous, nous n’avons pas encore osé nous taire ensemble…, si vous voulez vraiment vous livrer à quelqu’un, taisez-vous ». Un proverbe allemand dit aussi : « Tais-toi ou dit quelque chose qui soit meilleur que le silence».

Mon père était peu loquace, peu diseur, par contre il écoutait. Timide, trop discret, réservé, modeste, pudique, tendre, sensible pour ceux qui égratignaient un peu sa cuirasse. Nous nous retrouvions plus ou moins régulièrement dans un des cafés de la Place Fernand Coq à Ixelles où il passait généralement la matinée. Il y tenait « audience » comme sous l’arbre à palabres cher aux Ruandais. Là pas de justice à rendre, j’y croisais parfois Paul, Julia, Nyetera, Mombaerts, Annick et d’autres personnes. C’étaient le lieu de rendez-vous sans rendez-vous.

« La terre n’appartient pas à l’homme, l’Homme appartient à la terre». « Gouverner, c’est prévoir» était son slogan favori, anticiper pour le bien et au profit de tous. 

Un des historiens de notre temps qui s’est interressé à ses archives écrivait ceci : « 1921-2013 ou 92 ans! Le Maître de la vie a permis qu’il ait, durant cette longue période, une vie de qualité au cours de laquelle il a donné le meilleur de lui-même dans l’accomplissement de nombreuses et diverses tâches qui lui ont été confiées. Du poste de fonctionnaire de l'administration de tutelle belge au Rwanda à celui d’Administrateur Général de la Coopération au Développement en Belgique en passant par celui d’administrateur territorial à Ruhengeri[1] (1948/1955), à Kibungu et Butare (1955/1957) et à Nyanza comme Conseiller du Mwami du Rwanda de 1958 à 1960, Marcel POCHET a fait preuve de sa capacité d’adaptation, de son humilité, de son dynamisme et persévérance, de sa ténacité et lucidité et de son attachement  à la vérité malgré les adversités.

Au cours de ses activités au Rwanda, Marcel POCHET a rassemblé des documents d’archives couvrant la période de 1952 à 1962. Avant qu’il ne rende l’âme au Seigneur, il avait commencé leur publication aux Editions Sources du Nil. Deux volumes sont actuellement disponibles[2] et d’autres suivront sûrement. Publiés sous les titres de « Rétrospective », ces documents d’archives constituent une mine d’or aussi bien pour les chercheurs en histoire que pour les chercheurs dans d’autres domaines (politique, sociologique, linguistique, etc.) qui se pencheront sur le Rwanda durant la période de 1952 à 1962.

Dans l’avant-propos du Dossier 1, Marcel POCHET livre l’importance de cette « Rétrospective » en ces termes : « A l’ opposé des livres qu’on écrit à partir d’autres livres ou qui ‘racontent’ ce qu’on a ‘raconté’ sinon ‘soufflé’ à leurs auteurs, et qui nourrissent abondamment des polémiques en égarant l’histoire- le présent répertoire ne ‘raconte pas’,….elle restitue. Elle restitue, à l’authentique, les faits et gestes de l’époque concerné, au travers les textes d’acteurs et via des dossiers spécifiques qui leur sont consacrés. ‘Rétrospective’ se veut résolument être objective et neutre. Elle est indépendante des protagonistes de l’histoire ; elle ne roule pour personne, mais n’a non plus, personne à ménager… Puisse ce retour aux sources aider les lecteurs intéressés à se réapproprier l'histoire authentique des Mille collines pour la période considérée…»

En servant à l’histoire réelle, authentique, « Rétrospective » de Marcel POCHET coupe court à la manipulation dont sont victimes les faits historiques rwandais du moins ceux qui ont marqué la période de 1952 à 1962. Elle alimente une analyse objective des faits et gestes de tous les acteurs socio-politiques rwandais qui ont marqué le paysage politique qui a précédé l’indépendance et contribue de ce fait à l’éclosion de la vérité historique ». 

« Monsieur POCHET », il est impossible de l’oublier, car les archives qu’il a laissé au sujet des pays des Grands Lacs et du Rwanda en particulier ne sauraient faire de lui un oublié de l’histoire. Nous ne pourrons jamais oublier Marcel POCHET, car l’héritage précieux qu’il nous laisse et qu’il nous appartient de valoriser se résume en 2 phrases qu’il a voulu imprimer à son œuvre :

 « Il ne faut pas laisser l’oubli prendre place de l’histoire … (F. Mitterand)

ni laisser une histoire falsifiée s’installer à la place de l’histoire réelle » (M. Pochet).

Archives POCHET, archivespochet@gmail.com


[1] Ruhengeri, Kibungu, Butare et Nyanza: noms de territoires pendant  l‘époque sous tutelle belge.

[2] -M. POCHET, Rétrospective : Le problème ruandais, 1952-1962. Volume 1, Dossier 1: Le Conseil Supérieur du Pays. Editions Sources du Nil, Collection « Documents d’archives pour servir à l’histoire », Février 2012

- M. POCHET, Rétrospective : Le problème ruandais, 1952-1962. Volume 2, Dossier 2&3: APROSOMA et PARMEHUTU. Editions Sources du Nil, Collection « Documents d’archives pour servir à l’histoire », Février 2013

 

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