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Simbikangwa: Condamné à 25 ans pour l'exemple. Un verdict politique

Le capitaine Pascal Simbikangwa a été condamné vendredi à 25 ans de réclusion pour génocide (on n'a pas encore les details au sujet de la qualification des motifs sans faits concrets ni aucun témoignage convaincant) presque comme dans les tribunaux Gacaca du Rwanda, au terme d'un procès aux témoignages "faibles et souvent contadictoires", le premier en France lié au drame rwandais, 20 après des massacres dans lesquels le rôle de Paris a été très critiqué.

La défense envisage un appel dans un "procès politique", avec une "décision presque religieuse"

La défense de Pascal Simbikangwa, condamné vendredi à Paris à 25 ans de réclusion pour son rôle dans le génocide au Rwanda, a annoncé envisager de faire appel et a dénoncé un jugement "politique".

"Nous nous poserons la question de savoir si nous ferons appel", a déclaré un de ses avocats, Fabrice Epstein, ajoutant que Pascal Simbikangwa, avait "très bien réagi" au verdict.

La cour d'assise de Paris a reconnu l'ex-officier de la garde présidentielle, aujourd'hui âgé de 54 ans, coupable de génocide et de complicité de crimes contre l'humanité, au terme d'un procès de six semaines.

"Evidemment c'est un procès politique, (les motivations) suivent le réquisitoire mot pour mot, c'est un dogme, c'est la parole qui a été donnée par l'avocat général, c'est un dogme qui a été suivi, une décision presque religieuse", a-t-il poursuivi.

"C'est surtout une décision qui ne va pas jusqu'au bout, parce que si on reconnaît Pascal Simbikangwa coupable de génocide, alors il faut le condamner à perpétuité, c'est une décision empreinte d'un malaise", a estimé l'avocat.

Le bonheur des parrties civiles

"C'est une bonne décision", a de son côté déclaré Alain Gauthier, président du Comité des parties civiles pour le Rwanda, à l'origine de la plainte qui a débouché sur ce procès.

"La peine me paraît trop légère, mais ce qui était important pour nous c'est la condamnation. C'est un précédent important, c'est la première fois qu'un crime de génocide est jugé en France, ça montre que partout où ils seront aujourd'hui, les présumés génocidaires rwandais ne pourront plus vivre dans l'impunité et je pense que c'est le meilleur hommage qu'on pouvait rendre à toutes ses victimes, même si elles ont été complètement anonymes dans ce procès", a-t-il encore dit.

Alors que l'accusation avait demandé la perpetuité, la défense avait plaidé l'acquittement

La défense de Pascal Simbikangwa avait la parole, le jeudi 13 mars 2014, au lendemain du réquisitoire contre l'accusé. Elle ademandé l'acquittement. La réclusion à perpétuité a été requise mercredi par l'accusation contre l'ancien officier rwandais, jugé pour complicité de génocide et pour crimes contre l'humanité. Les avocats de Pascal Simbikangwa, Fabrice Epstein et Alexandra Bourgeot, ont joué leur va-tout en démontant, les uns après les autres, les témoignages à charge.

Doutez et résistez. Ce sont en substance les deux messages envoyés aux jurés, jeudi 13 mars, par les avocats de la défense de Pascal Simbikangwa. A la veille du verdict de la cour d'assises de Paris, Me Alexandra Bourgeot n'a pas démenti que ce procès, le premier d'un Rwandais en France, le premier sous le chef d'accusation de complicité de génocide, est « hors norme », mais elle a considéré que la vice-procureure, chef du pôle crimes contre l'humanité, Aurélia Devos, n'a bâti « qu'un château de cartes ». La veille, l'accusation avait requis la réclusion criminelle à perpétuité, l'avocat général Bruno Sturlese n'ayant « trouvé aucun argument solide pour atténuer le châtiment ».

« PROCES, SANS VICTIMES DIRECTES A LA BARRE »

Me Bourgeot a pu éveiller le doute dans l'esprit des jurés sur la crédibilité des témoignages portés contre son client. Dans ce procès sans victimes directes à la barre, ceux-ci sont la matière première de l'accusation, mais l'avocate de la défense, pointant ici « les mensonges » des uns, là « la “lobotomisation” » d'autres, a lancé aux neuf juges – trois magistrats professionnels et six jurés populaires –, « cela n'arrive jamais d'avoir des témoins aussi fragiles. On nous dit : “Il faut faire avec”. Mais ce n'est pas possible. Vous devez être suspicieux.»

« TOUT CE QUE VOUS AVEZ, C'EST LA RUMEUR ET LA RÉPUTATION »

Fabrice Epstein fait le pari de ne s’adresser qu’aux jurés et pas au juge professionnel qui préside cette cour. Il a dénoncé « la dictature intellectuelle » qui a régné pendant ces six semaines d'audience, empêchant, selon lui, toute remise en cause des autorités rwandaises actuelles ou des associations de rescapés sous peine d'être taxé de « négationniste ». D'après lui, le portrait de Pascal Simbikangwa a été dessiné à l'avance. « L'homme de l'ombre, l'exécuteur des basses oeuvres. On se croirait dans un roman, mais qui ne passe pas le crible de la preuve… Tout ce que vous avez, c'est la rumeur et la réputation.»

Droit dans les yeux, il leur dit : « Lorsque vous vous prononcerez sur la culpabilité de Pascal Simbikangwa, j’ai besoin de cinq noms pour l’acquitter ». La défense est persuadée que le président de la cour d’assises, Olivier Leurent, exigera une condamnation exemplaire, au nom de la France.

« Alors, prenez le contrôle. Je vous demande d’être mauvais élève, de résister aux pressions politiques car on vous instrumentalise, on vous demande de réécrire l’Histoire », dit Fabrice Epstein au juré.

« LE DOUTE, DOIT BENEFICIER A L'ACCUSE » mais pas dans le cas du Rwanda ?

Et pour convaincre, la défense pointe la grande faiblesse de l’accusation qui ne repose que sur des témoignages.

Plaidant l'acquittement de son client, il a fustigé « les constructions » de l'accusation qui veut un « précédent », qui procède par « déduction », alors qu'« il n'y a rien de probant ». « La vérité c'est qu'il faut un coupable à la hauteur de l'infraction. Et comme c'est le premier, pas un petit coupable. Un très méchant, un très puissant.» Or, rappelle-t-il, « Il y a un malaise dans ce dossier. Vous n’aurez jamais un vrai témoignage à décharge. Or, pour condamner, il faut des preuves constantes, éclatantes. En effet, à la cour d’assises, c’est oui ou c’est non et, si doute il y a, il doit toujours bénéficier à l’accusé, vous ne pouvez vous satisfaire de certitudes de complaisance.»

« NE JUGEZ PAS LA FRANCE »: LA FRANCE A ETE CRITIQUEE, JUGEE ?

L'exposé, non dénué d'éloquence, s'est alors fait plus politique. « L'actionnaire majoritaire de ce “pôle génocide”, c'est l'Etat français. Il faut du rendement, du retour sur investissement. Il faut que l'action soit au plus haut, la perpétuité. Sinon, l'Etat français ne sera pas content et Kigali non plus… On vous demande de poser la première pierre de la traque des génocidaires. Ce n'est pas vos affaires », tonne Fabrice Epstein. Il poursuit : « Vous ne jugez pas la France de 1994 », dont le rôle, vingt ans après le génocide rwandais, quelque 800 000 morts en 100 jours, suscite toujours la polémique.

Enfin, s'adressant directement aux jurés populaires, il les exhorte à ne pas « se comporter en bons élèves », à ne pas « se laisser influencer par le président » Olivier Leurent, sous-entendant que celui-ci pourrait manipuler leur vote à des fins politiques. « J'ai besoin de cinq “non”. Ceux qui prennent des décisions héroïques sont ceux qui disent non », conclut Me Epstein.

La défense de Pascal Simbikangwa a brillamment et avec fougue fait passer le message aux jurés.

Sources: Le Monde.fr et RFI

 

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